Le commissaire dans la truffière écrit par :Pierre Magnan Genre : Policier
1 commentaire Note :
Banon : un village dans les Alpes-de-Haute-Provence. Les paysans vivent d'élevage de chèvres et du marché des truffes. Des truffes surtout. Pour des raisons obscures des hippies ont élu domicile dans les parages. Des hippies qui, mystérieusement, disparaissent les uns après les autres. Laviolette, brave homme de commissaire,
est envoyé faire une enquête discrète. Les découvertes macabres se succèdent. Par une nuit de tempête et de bourrasques de neige, le seul témoin qui pourrait aider le commissaire est sauvagement assassiné à son tour.
Dans un climat de superstitions, un roman rempli de haines et d'amours cachés, d'intérêts aussi, où à chaque carrefour la mort rôde.
Source : Le Livre de Poche
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Mets de choix
12/11/2007
Ric POCHET
Note :
Avant le roman de Pierre Magnan, la truffe était plus connue pour être une denrée raffinée que comme ingrédient d'une intrigue policière. Désormais, tout lecteur de ce livre ne pourra jamais plus goûter cette variété mycologique sans que ne lui reviennent en mémoire les scènes du roman qui se laissent apprécier avec une gourmandise équivalente à celle qui nous ferait saliver devant les traditionnels 13 desserts provençaux.
Bien sûr, il y a du Daudet chez Magnan. Pas celui du "Petit chose" mais celui de Tartarin et des "Lettres de mon moulin". De la faconde, des personnages hauts en couleur, si hauts d'ailleurs qu'ils finissent par se confondre avec les montagnes de Lure où se situe l'action et qui semblent mener une sarabande entre Apt et manosque, au pays des félibriges, de la sensualité bucolique, où la chair et la chaire font toujours le grand écart entre la grâce et le péché.
Le commissaire Laviolette se rend à Banon, un petit village près de Forcalquier, pour enquêter sur la disparition de jeunes marginaux adeptes de l'amour libre et de la fumette sans tabac. Pour découvrir le coupable de ce massacre, il lui faudra passer en revue une galerie de portraits plus pittoresques les uns que les autres et découvrir que le cochon entretient avec l'homme une fraternité qui va au delà d'une simple analogie physiologique. Il trouvera la clef du mystère dans un vieux grimoire oublié qui nous rappelle que la Provence a vu se développer au moyen âge des oeuvres de prémonition qui, de Nostradamus aux moines détenteurs de secrets, perpétuent jusqu'à nous une tradition d'occultisme et de magie.
On ne manquera pas, bien sûr, d'évoquer Giono, la figure tutélaire, comme si Magnan ne pouvait écrire que dans l'ombre portée du maître de Manosque. Mais on pourra aussi insister sur l'appétance de l'auteur à décrire la femme comme s'il s'agissait d'une vestale d'un temple antique. Elles ont la particularité, contrairement aux personnages masculins,de réunir en elles la suave beauté de leurs atours charnels (enfin un écrivain qui glorifie les rondeurs!) et la sagesse assumée de leur maturité. Le monde est une pièce d'Eschylle où les héroïnes dominent les hommes qui ne sont réduits qu'à être les marionnettes de leur jeu, de leur désir et de leurs ambitions. Avec elles, ils perdent la tête, égarés par leurs passions qu'elles inspirent avec l'ironique perversité d'une Pénélope.
Et la première entre toutes de ces femmes adulées n'est autre que la Provence qui ne peut, chez l'auteur, se décliner et être évoquée qu'au féminin. Ici, comme dans ses autres livres, il formule à chaque page une incantation mystique à cette Provence qui n'en finit pas de faire entendre l'harmonieuse mélopée d'un chant d'amour. Et on en vient à se demander si l'histoire qui nous est contée n'est pas chargée de symbole: ce sang qui fertilise la terre n'est, au bout du compte, que le tribut éternellement réclamé aux hommes pour qu'ils puissent en être les locataires désintéressés. Rien d'étonnant donc à ce que le roman (mais on peut dire ça aussi de toute l'oeuvre de l'auteur) se déroule sur un arrière fond mythologique car ce sont les éternels mythes humains qu'il met en scène au travers d'une intrigue policière.
Au final, un magnifique roman, superbement écrit, à contre-courant des modes et des canons habituels, qui distille l'humour aussi bien qu'un alambic le ferait d'une eau de lavande. La prouesse, de ce point de vue, n'est pas à sous-estimer. La conjugaison de la tragédie et de l'ironie n'est pas un art facile et sous cet angle, le roman est une belle leçon.