Début des années trente, Texas. Rien ne semble avoir bougé depuis la guerre de Sécession. Le Klan domine. Les lynchages demeurent. Harry, treize ans, fils du représentant local de la loi, s'émancipe de ce monde qui le choque en s'isolant dans les marais. Il y croise, dans les méandres endormis, celui que tout le monde dit être un monstre insaisissable, un esprit de la nuit. Harry est fasciné. Il a trouvé, près des traces de cet Homme-Chèvre, le cadavre d'une femme noire bâillonnée avec des barbelés. On parle d'un « ambulant », serial killer d'une époque démunie devant ce type de crimes imputés au Mal sans qu'il n'y ait de véritable enquête. La population blanche ne s'inquiète pas. N'importe quel Noir fera l'affaire. Jusqu'à ce que les cadavres changent de couleur de peau…
Source : Folio, Gallimard
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Attention chef d'oeuvre
23/04/2007
Ric Pochet
Note :
Voilà un polar digne des grands maîtres du genre et qui plus est un polar rural dans la veine de ceux qu'écrivaient Williams ou quelquefois Jim Thompson.
Un jeune garçon vit avec sa soeur et ses parents dans un trou perdu de l'Est du Texas au début des années trente du siècle dernier. La ségrégation entre noirs et blancs est la règle impérative de l'organisation sociale. Ceux qui seraient tentés de s'en affranchir encourent une damnation qui se voudrait consacrée par Dieu mais dont s'occupent avant tout les hommes. C'est l'époque où le Klan est à son apogée et où le lynchage est une pratique courante (saisissante scène de calvaire où un noir est émasculé avant d'être pendu sous les yeux d'une population haineuse). Des meurtres de femmes, noires d'abord puis blanches ensuite, se produisent, ce qui va exacerber les passions, enflammer les désirs de vengeance aveugle mais aussi mettre à jour certains secrets familiaux qui montrent que sous des dehors tranchés, le mélange des races est un aboutissement incontournable d'une coexistence.
Le tableau de cette amérique sudiste d'avant guerre est saisissant. La violence qui affleure chez les protagoniste de cette histoire est restituée avec gravité et simplicité renforçant ainsi leur caractère primaire qui les soumet à un destin contre lequel ils n'osent pas se révolter. Aucun débordement dans le grand guignol ou dans la description de perversions élevée au rang de beaux arts. La pudeur dans l'évocation de ces personnages va de pair avec une sobriété du style. L'empathie n'en est que plus immédiate entre le lecteur et le jeune héros découvrant un monde d'une cruauté sans concession. Plus proche d'Erskine Caldwell que de Faulkner, l'auteur restitue avec acuité les tourments qui agite ce microcosme en proie à une sourde culapbilité. On croirait reconnaitre au détour d'une page un personnage de Flannery O'connor.
Ouvrage décalé par rapport à la production américaine contemporaine (Elroy, Coben, Connely, Pélécanos...) et même par rapport aux romans du même auteur parus dans la série noire, il n'en est pas moins un pur chef d'oeuvre.