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Le Billet Polar
 

Le billet polar de Claude

DES YEUX PAR CENTAINES

Il n’est pas rare que l’oeil, les yeux soient utilisés dans des titres de romans. L’oeil du témoin d’un crime, le regard qui trahit l’assassin. Mais il existe bien d’autres possibilités, comme le montre cette sélection. Jetons un oeil sur ces intitulés oculaires. Commençons par évoquer quelques romans au Fleuve Noir “Spécial-Police” : « Un meurtre dans les yeux » de Georges Tiffany (1965). A Paris, le docteur Berger et son épouse sont agressés chez eux. Le médecin est mort. Blessée, sa femme est choquée, ne se souvenant pas des faits. Le commissaire Sorgues et son adjoint s’intéressent à la jeune s?ur de Mme Berger. On la sent forte et naïve à la fois, lucide et peut-être perverse. Dans cette maison, chacun vit sa propre vie. Bientôt, deux principaux suspects sont repérés. Mais c’est certainement la jeune s?ur qui détient la clé de l’affaire…

« L’oeil du témoin » de Michel Germont (1973). Nicolas doit sa réussite sociale à sa riche épouse, qu’il respecte bien qu’ayant des maîtresses. Quand une de ces jeunes femmes est assassinée, Nicolas fait disparaître le corps pour éviter tout scandale. Le meurtrier est-il un des proches de Nicolas et de son épouse ? Le commissaire Vial ne croit pas en la culpabilité de Nicolas, même s’il devine qu’il a menti. Une amie de la victime apporte un curieux témoignage, favorable mais peut-être pas désintéressé…



« L’oeil du serpent » de G.J.Arnaud (1974). Pascal, un hippie voyageur, et Sabine, fille de bonne famille, roulent sur l’autoroute en direction de Toulon. Ils pensent être suivis par un mystérieux conducteur “à l’oeil de serpent”. Le danger est bien réel. Ils parviennent à gagner Toulon, se réfugiant dans l’appartement de Pascal. On les traque toujours, malgré l’hypothétique cercle magique censé les protéger. L’aide de leur voisine n’est pas inutile. Mais la vraie raison de cette persécution reste longtemps obscure… Du même auteur : «Les yeux fous» et «Drôle de regard» (toutefois, un regard ne concerne pas toujours les yeux)…

« La sorcière a les yeux verts » d’Adam Saint-Moore (1975). Un couple de braves épiciers passe ses vacances estivales sur la Côte d’Azur, comme tous les ans. Leur route croise une jolie touriste allemande, Ilse, qui ne tarde pas à devenir la maîtresse du mari. La jeune femme est sauvagement assassinée. L’épicier craint de l’avoir tuée dans une crise de folie. Etait-elle mêlée à un trafic de drogue ? ou est-ce plutôt une affaire de terrorisme, des activistes se cachant dans une communauté hippie ? Le commissaire Tardier mène une enquête qui risque de finir par un carnage… Puisqu’il est ici question de cette couleur, souvenons-nous aussi de «La demoiselle aux yeux verts» de Maurice Leblanc, et «Une brune aux yeux verts» d’Exbrayat (aussi auteur de «Pour ses beaux yeux»)…


« Les yeux de la nuit » (1945) reste un des meilleurs romans de William Irish : Une nuit, le héros sauve une jeune fille tentant de se suicider. Elle accepte de lui raconter ce qui motiva son geste. Elle est désespérée car un voyant a annoncé à son père la date et l’heure de la mort de celui-ci. Il périra dans la gueule d’un lion. On peut se fier aux prédictions du voyant, son père en a fait l’expérience. Le duo va tout tenter pour protéger le père de la jeune fille. Le héros pense possible de modifier le destin… William Irish est aussi l’auteur d’une nouvelle intutilée «L’oeil trouvé», où l’assassin est découvert grâce à un oeil de verre tombé dans un revers de pantalon…
«L’oeil de verre» (aussi titré «Le borgne bizarre») est l’une des aventures de l’avocat Perry Mason, d’Erle Stanley Gardner. Le même avocat est également le héros de «Chantage à l’oeil» et de «La blonde au coquard», où une belle cliente à l’oeil poché consulte Perry Mason. L’auteur signait aussi A.A.Fair, dont on peut lire «Le doigt dans l’oeil» une enquête des détectives Donald Lam et Bertha Cool… Citons encore «L’oeil du malin» de John Mc Partland (Série Noire, 1957) où un journaliste pourri rencontre une femme intransigeante qui le pousse à réfléchir sur lui-même. Il se réhabilite en s’attaquant aux projets criminels de politiciens corrompus…


Claude Aveline consacra une suite policière au personnage de Frédéric Belot. Le dernier roman de la série s’intitule «L’oeil-de-chat» (1970, Mercure de France) «Ce roman, qui tourne autour d’une affaire de faux Van Gogh, combine avec bonheur la psychologie la plus fine et la peinture tragi-comique d’une famille de petits-bourgeois lyonnais particulièrement réjouissante» nous dit le “Dictionnaire des Littératures Policières” (Ed. Joseph K, 2007).

Un roman à découvrir : « Au fond de l’oeil du chat » de Serge Quadruppani (Métailié, 2006). Quinquagénaire malchanceux, Michel est sans doute trop peu motivé pour mener à bien ses projets. Paul, son ami d’enfance, est marchand d’art. Ce jour-là, Michel va emprunter un peu d’argent à Paul. Mais celui-ci a rendez-vous avec son fils âgé de vingt ans, dont il ignorait l’existence. Un peu plus tard, Michel apprend que Paul a été assassiné. Le fils de la victime a prouvé son innocence. C’est Michel qui est soupçonné du meurtre, début de bien d’autres ennuis…


Le Prix du Roman d’Aventures 2001 fut attribué à Jean-Pierre Andrevon pour «L’oeil derrière l’épaule» (Le Masque). Un roman inquiétant ayant pour décor les Etats-Unis d’aujourd’hui. Ambiance également très tendue dans le suspense de Christian Gernigon «Les yeux du soupçon» (Albin Michel, 2001), où une jeune femme subit de fortes pressions psychologiques. «L’oeil de Caïne» de Patrick Bauwen (Albin Michel, 2007) raconte comment un programme américain de télé-réalité vire au cauchemar pour les personnes choisies. Celles-ci se retrouvent isolées au milieu de nulle part. «Ne ferme pas les yeux» de Carlène Thompson (2002) se passe dans une petite ville au bord du lac Erié. Une jeune femme et le compétent shérif local enquêtent sur une série de meurtres, les victimes étant des proches de cette femme. Une affaire qui sent la vengeance. «Dans l’oeil du cyclone» de Dick Francis (2001) n’est pas un roman hippique, spécialité de l’auteur. Un couple de météorologistes est invité en Floride. Ils pourront observer de l’intérieur l’oeil d’un cyclone tropical. Mais la situation dégénère. «Sous les yeux du monde» de Barbara d’Amato (2003) se déroule à Chicago, où une fillette est kidnappée par un faux prêtre lors d’une messe. Peu après, un site Internet montre l’enfant en captivité, images bientôt diffusées à la télévision. «L’oeil du criquet» de James Sallis (2003) met en scène un détective recherchant un jeune homme honnête, qui fréquente des gens dangereux. «L’oeil du totem» de John-Erich Nielsen (2007, Editions HoH) est la cinquième enquête du policier écossais Sweeney. Il se rend en Australie pour arrêter un aborigène, assassin de la fille unique d’un magnat de la presse. Quelques surprises l’attendent…
Quelques polars historiques, maintenant. «L’oeil de Dieu» de C.L.Grace (1999) a pour décor l’Angleterre de la fin du 15e siècle. «Les yeux de Sainte-Lucie» d’Archange Morelli (Librio, 2000) se passe en Corse au 16e siècle. «L’oeil du vivier» de Bernadette Puijalon (De Borée, 2001) se déroule en Auvergne à la fin du 19e siècle. «L’oeil du daruma» de Charles Haquet (2001) se passe à la même époque mais au Japon, qui vit alors la fin de l’ère féodale. «Sous l’oeil d’Horus» de Lauren Haley (2003) a pour cadre l’Egypte antique…
Voici, en vrac, d’autres titres à retenir, non moins intéressants : « Le mauvais oeil » de Boileau-Narcejac (1965, « Le mauvais oeil » de Björn Larsson (2001) , « L’homme aux yeux tristes » de Michel Grisolia (1986) ; « Les yeux de la tête » d’André Caroff (1972), « Dans l’oeil de l’ange » d’Andrea H.Japp (1998), « Avec un ange sur les yeux » de Caryl Férey (1994), « Un bandeau sur les yeux » de Lucille Fletcher (1962), « oeil pour oeil » d’Adam Saint-Moore (1973), « L’oeil mort » de Jean-Marie Villemot (1999), « Le cadavre avait les yeux crevés » de Jean Campocasso (1954), « Sous l’oeil des vautours » de Roger Vilard (1967), « L’oeil de Cybèle » de Daniel Chavarria (2001), « L’arme à l’oeil » de Ken Follett (1978), « L’oeil d’Eve » de Karin Fossum (1999) « Les yeux de diamants » de Carol Higgins Clark (2002), « Les yeux de la mort » de John Gilstrap (2004), « L’oeil aux aguets » de Justus E.Vasco (2003), « Des yeux partout » (1952) et « L’oeil incandescent » (1963) de Victor Canning… Et pourquoi pas : « Les noyés sont aveugles » de Claude Rank (1957), « L’aveugle au pistolet » de Chester Himes (1970), « Le royaume des aveugles » de Christopher Brookmyre (2001), « Est-ce que les aveugles sont plus malheureux que les sourds ? » d’Alain Gagnol (2000), ou « Aveugle que veux-tu ? » de Robert Destanque (1976). Petite liste qui n’est pas exhaustive, bien sûr !

 

CLAUDE LE NOCHER

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